Le temps m’a permis d’accéder à mon plus grand rêve ! La sculpture. Aux alentours de 60 ans, je me suis inscrit à un cours de modelage et j’ai commencé à réaliser des œuvres d’après des modèles vivants. Soit près d’un demi-siècle après ma première tentative de sculpture en plâtre. Dans un premier temps, j’ai fait plusieurs modèles en argile grâce aux conseils éclairés de mon prof mais comme tout débutant, mes créations n’avaient pas vraiment de caractère. Au bout de plusieurs mois, soudain, un jour, je suis arrivé à réaliser une sculpture qui s’exprimait avec force. C’était un visage noir ciré aux traits émaciés, avec un très beau port de tête ; Je l’ai appelé « Monder » ! Du prénom du modèle, un danseur de l’opéra de Paris venu poser à notre cours. J’avais trouvé ma voie. J’en étais capable ! A partir de ce moment, je n’ai cessé de chercher et de créer de nouvelles sculptures en argile ou en pierre. J’étais motivé. Puis, j’ai eu la possibilité d’exposer quelques œuvres au centre culturel de Courbevoie et les compliments des visiteurs m’ont encouragé à continuer. Comment créer à partir d’un bloc sans vie ? D’abord, j’observe la pierre et j’évalue du regard ce que pourrait être l’objet fini. Mon instinct m’aide à trouver les astuces pour parvenir à une réalisation homogène et équilibrée. Je commence par une maquette en argile de petite taille qui me servira ensuite de référence pour tailler la stéatite, le marbre ou l’albâtre selon le cas. Quand je taille, je ressens quelque chose de sensuel. Je caresse la pierre, je cherche les imperfections, je découvre petit à petit ce qui va émerger de ce bloc, ce que sera l’œuvre finie. Mes œuvres en pierre sont celles que je préfère : je pense en particulier à Voltera, Belle Epoque, Regard, Naïade ou Câline… J’aime aussi travailler l’argile car il est possible de transformer, tailler, découper et de rajouter de la matière à l’infini. L’argile nécessite un temps de séchage très long avant la cuisson. Parfois, j’ai de mauvaises surprises car une simple petite bulle d’air passée inaperçue dans le bloc d’argile va se dilater à la cuisson et faire éclater mon objet. Dans ce cas, il ne me reste plus qu’à le réparer et cela prend des heures pour colmater, coller, restaurer et encore quand c’est possible ! Il arrive que mon modelage explose en mille morceaux et là, je ne peux rien faire. Je pense encore au buste de « Hercule » haut de 1m environ, sur lequel j’avais travaillé pendant des jours et des jours, et qui a dû être jeté car il est sorti de la cuisson en miettes ! Avec la pierre également, on a parfois de mauvaises surprises : je revois le jour où le visage en albâtre que j’avais sculpté à petits coups de burin depuis plus de 3 mois, s’est ouvert tout à coup par le milieu. Il devait y avoir une faille dans le bloc. Je me suis assis … j’avais les larmes aux yeux. Le plâtre, lui, se travaille différemment car c’est une matière qui coule quand elle est fraiche puis qui sèche vite. Pour réaliser un modèle, il faut appliquer le plâtre par petites touches successives. Parfois quand le volume de l’objet à réaliser est plus important, il faut d’abord construire une structure en grillage sur laquelle on applique ensuite la matière. J’ai créé des objets en plâtre très différents comme des bas-reliefs, des fruits, des pieds et mains… Certains sont cirés et patinés comme « Parfum d’arums », d’autres peints avec des pigments de couleurs comme « Tête d’ail » ou « Cerise » ; d’autres encore comme « Voile » ou « Terre et mer » restent bruts. J’ai réalisé des mains en argile, en pierre en plâtre et même en bronze et je m’en suis fait un peu une spécialité. Je pourrais presque faire une exposition seulement avec mes mains tellement j’en ai sculpté dans des postures différentes pour exprimer tel ou tel sentiment. Je pourrais peut-être rajouter les pieds que j’aime également sculpter… A la suite du cours de modelage auquel je m’étais inscrit, j’ai suivi des cours durant quelques années aux Beaux-Arts à Paris. Pendant plusieurs années, j’ai également exposé dans différentes villes autour de Paris, mais la consécration est véritablement arrivée lorsque le directeur des Expositions du Grand Palais à Paris, après avoir vu un de mes vernissages à Bois-Colombes, m’a invité à venir y exposer mes œuvres. J’ai ainsi exposé au Grand Palais pendant deux saisons, mais les ventes n’étant pas au rendez-vous, j’ai cessé d’y participer. Moi qui avais toujours souhaité réaliser des ventes, ne serait-ce que pour financer mes dépenses de matériels, d’outils, de matériaux comme l’argile, le plâtre, etc. J’ai été déçu même si le livre d’or était rempli de commentaires élogieux. A deux reprises, je suis parti en stage de sculpture à Voltera, en Italie près de Carrare. Je sculptais à l’ombre de grands arbres dans l’immense jardin fleuri du domaine où nous étions logés. Ce lieu avait appartenu à un noble italien et l’intérieur ressemblait à un musée avec ses couleurs chatoyantes et ses escaliers en marbre de Carrare. C’était l’endroit rêvé pour laisser libre cours à ma créativité. C’était magique ! J’ai un atelier de sculpture à Colombes qui a sa propre histoire et dans lequel je me sens comme un roi. Auparavant je sculptais dans le bureau de notre appartement mais c’était difficile à cause de la poussière. J’ai longtemps cherché un atelier ou un local pour exercer puis grâce à une relation de Christine, j’ai trouvé un local de 50 m2 environ, une ancienne boucherie que j’ai totalement repeinte et réaménagée. Pour l’inauguration, j’ai invité plus de 50 personnes dont le Maire de Colombes, et celui de La Garenne Colombes, C’était un moment très chaleureux autour d’un grand buffet. Après avoir exposé une cinquantaine d’œuvres à l’Espace Carpeaux à Courbevoie où j’ai reçu un prix, j’ai exposé dans une galerie d’art connue, « Art Présent », Rue Quincampoix à Paris, pendant un mois, avec deux vernissages destinés à attirer un maximum de personnes. Pour transporter mes sculptures, il a fallu que je demande à un ami de me prêter son camion et j’ai emballé chaque pièce avec précaution. Il y a eu, là aussi, beaucoup de monde et j’ai à nouveau reçu de nombreux compliments, mais les recettes ont une nouvelle fois malheureusement été modestes. Un autre coup pour rien, malgré les certitudes de la propriétaire des lieux qui m’avait vanté sa galerie et les succès des précédentes expositions… Depuis, j’ai également créé un atelier à Juan les Pins où nous habitons une partie de l’année. C’est un grand studio, où je peux, été comme hiver, sculpter aussi souvent que je veux. Je m’y sens également bien. C’est mon havre de paix. J’ai une grande passion pour la sculpture : Modeler, tailler, sculpter me remplit de joie. Je peux rester des jours sur une œuvre toujours avec l’envie de créer quelque chose de beau. Je passe des heures à fignoler de petits détails qui feront la différence car je suis méticuleux et précis quand je travaille. Quand je sculpte, je ne connais pas d’heure, et il m’arrive même d’oublier de déjeuner. Je passe d’une sculpture en pierre à un modelage en argile ou en plâtre sans difficulté au gré de mes envies. Chaque œuvre reste pour moi une nouvelle découverte et je sens au fur et à mesure de sa réalisation quelque chose de magique qui surgit de mes mains, surtout quand je travaille la pierre. Je me réalise pleinement dans la sculpture et j’y puise beaucoup de sérénité, de calme. J’aurais dû apprendre à sculpter dès mon plus jeune âge, juste après cette première visite au musée du Bardo et à ma tentative sur le bloc de plâtre avec mon tournevis et mon marteau. La sculpture me permet de prendre de la distance, de mieux comprendre les choses de la vie, et d’avancer. Elle m’est devenue indispensable et a donné à ma vie plus de densité, plus d’épaisseur, une autre dimension en quelque sorte. Je me sens épanoui !